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UN PEU D'HISTOIRE


Après les résultats du premier tour des élections présidentielles, les commentateurs ont tôt fait de montrer du doigt les abstentionnistes. Les anarchistes prônant l'abstentionnisme comme acte politique, les esprits naïfs en déduisent alors que "l'anarchisme fait le jeu du fascisme".

D'un point de vue théorique, il est facile de démontrer l'absurdité d'une telle sentence. Mais comme les références historiques semblent être très prisées par les "antifascistes", il est bon d'examiner d'un peu plus près ce qu'il s'est effectivement passé.
La première remarque qui vient à l'esprit, c'est que ces " références " sont toutes centrées sur le nazisme, forme particulièrement extrême et perverse du fascisme (1) (et contrairement à ce qu l'on entend souvent, Hitler n'a pas pris le pouvoir par les urnes, il a perdu les élections de 1932 et a dû son poste à de sordides négociations dans lesquelles tous les partis politiques furent compromis). Et une fois que les fascistes ont pris le pouvoir, qui s'est réellement opposé à eux ? Que ce soit en Italie, en Allemagne ou ailleurs, la montée des fascismes a suivi des périodes de forte agitation révolutionnaire (occupations d'usines importantes en Italie, soviets en Allemagne, déclenchement d'insurrections en Espagne), qui on été impitoyablement réprimés par la social démocratie, c'est à dire que les seules personnes susceptibles d'engager la lutte contre le fascisme (au sens physique) étaient soient mortes, soient emprisonnées (si vous comptez sur nos députés ou nos ministres pour prendre le maquis en cas de victoire fasciste, demandez un livre d'histoire au Père Noël).
Entendons nous bien : la démocratie (2) n'a jamais combattu le fascisme. L'exemple espagnol est particulièrement intéressant à ce niveau là : seule la levée spontanée des travailleurs espagnol a empêché les généraux fascistes de s'emparer du pays en un temps éclair, et ce malgré le fait que la république ait refusé d'armer les ouvriers. De même pendant la guerre, elle a surtout essayée de briser les expériences révolutionnaires qui se créent ça et là (en permettant entre autre aux staliniens d'interdire des organisations qui se battaient effectivement sur le front et d'arrêter leurs militants...). Les autres démocraties européennes n'ont rien fait pour sauver le peuple espagnol de la dictature. Les militants qui s'exilèrent en France à la fin de la guerre en 1939 (et d'abord enfermés dans des camps de concentrations... français) furent parmi les premiers à prendre le maquis lors de l'invasion allemande (3). Certains maquis français étaient même entièrement composés d'anarcho-syndicaliste espagnols ! Certains allèrent à Londres rejoindre les forces de De Gaulle, qui avait promis de libérer l'Espagne, une fois la France libérée (4). On connaît le résultat....
Dans les cours d'histoire au collège et au lycée, on cite souvent l'anecdote de la seconde division de blindés du général Leclerc (la 2° DB), que les troupes alliées ont laissée entrer en premier dans Paris libéré, afin que ce soit un corps d'armée français qui rentre le premier dans Paris. Ce qu'on ne dit jamais, c'est que cette division était composée à 60 pour cent d'espagnols, et que les deux premier chars qui ont pénétrés s'appelaient Ascaso et Durrutti, du nom de deux militants anarchistes morts pendant la guerre d'Espagne.
Ce texte ne développera pas plus, il veut juste faire comprendre une chose : affirmer que les anarchistes ont fait, ou font le jeu du fascisme n'est pas seulement répéter un mot d'ordre stupide, c'est aussi cracher à la gueule de tous ces militants qui ont combattu le fascisme jusqu'à la mort.

NOTES:

(1) D'ailleurs, l'anti-sémitisme étant une base fondamentale de l'essor national-socialiste, la comparaison avec la situation en France n'en est que moins légitime.
(2) Démocratie étant ici entendu au sens de démocratie représentative, à l'inverse de la démocratie directe, organisation sociale préconisée par les anarchistes.
(3) Le combat de l'armée française contre l'envahisseur allemand n'est pas un combat anti-fasciste, c'est un combat de défense d'un territoire.
(4) L'idée de démocratie implique aussi des actions qui dépassent la simple organisation intérieure d'un pays. Après la guerre, y'a t il une démocratie qui ait combattu les régimes fascistes d'Espagne, du Portugal, de Grèce ? Y'en a t il une qui ait refusé de faire du commerce avec ? Les "libérateurs" américains n'ont ils pas soutenu toutes les dictatures en Amérique du Sud ? La démocratie Française ne continue-t-elle pas de financer et armer les dictatures en Afrique francophone ?

Paru dans le numero 26 du journal des JL "Il était une fois la révolution, con!"