LA MARGE
Ca commence à 5 ans sur les
bancs de l'école,
où de pâles boutonneux que la bêtise auréole
:
aux tables du devant, c'est bagarre pour être
sous le saint arrosoir des paroles du maître.
Mais moi posée trop loin, j'attrapais qu'les bavures
;
comme j'en avais ma claque, un jour j'ai pris le large.
Le maître m'a rayé : j'étais plus qu'une
rature,
qu'on souligne en rouge, qu'on renvoie dans la marge.
Refrain : J'faisais pas beau dans
le paysage.
La vie m'a poussé dans la marge.
Quand des mecs coincent des juges
3 heures en otage,
ils pleurnichent comme des veaux
qu'on attente aux droits d'l'homme.
Moi j'fauche une mobylette : quand ils me
mettent en cage,
à quoi donc ils attentent en m'filant l'maximum ?
Paraît que c'est la justice : moi je pique 300 balles
;
quand c'est Marcel Dassault qui cravate un milliard ;
il passe à TF1, moi j'passe au tribunal.
Et les gens " comme il faut " ne trouvent pas
ça bizarre...
Refrain : J'faisais pas beau dans
le paysage.
La vie m'a poussé dans la marge.
Ils parlent de liberté avec des
trémolos,
de quoi faire fondre en larmes un camion de CRS
et ils vous expédient onze mois ferme au boulot
(et si tu marches pas droit, à coups d'pompes
dans les fesses !).
" C'est la démocratie ",
comme disent les purs et durs ;
à eux les 3 étoiles, les discours, les voyages...
Toi : " tu la boucles et tu bosses, pour payer la facture
".
Y'a des jours je regrette pas d'être restée dans
la marge !
Refrain : J'faisais pas beau dans
le paysage.
La vie m'a poussé dans la marge.
Y'en a qui prennent la vie comme on prend
l'autoroute :
ils baissent la tête et surtout ne regardent pas l'paysage
;
ils n'ont jamais de peurs, d'inquiétudes ni de doutes,
ils roulent à fond la caisse jusqu'au dernier péage...
Et quand viendra le temps de brandir les fusils,
comme toujours dans ce cas-là, au nom de la liberté,
ils s'flingueront tous en rang comme on leur aura dit
et moi j'préfère musarder un air dans mon sentier.
Refrain : J'faisais pas beau dans
le paysage.
La vie m'a poussé dans la marge.
On me dit qu'ça changera et qu'il
faut qu'j'aille aux urnes
glisser mon p'tit bulletin, après la messe d'onze heures.
Je leur glisserai bien plutôt mon soulier dans les burnes
histoire de m'soulager de ce que j'ai sur le coeur.
Et pourtant y'a des soirs où je me prends à rêver
que c'est mes chefs qui s'retrouvent à trimer
comme des dingues...
Ils cavalent au boulot, je les regarde passer
cigare au coin des lèvres, un coup d'oeil sur le zing
!
Alors, ai-je fais beau dans
le paysage ?
Bon Dieu qu'on est bien... dans la marge !! X2
Elizabeth